Le Dr Déborah Ducasse est médecin psychiatre-psychothérapeute, praticien hospitalier au CHU de Montpellier. Elle est spécialisée en Thérapies Cognitives et Comportementales de 3ème vague (Thérapies basées sur la méditation ou thérapies dérivées du bouddhisme).

Elle vient de publier Le trouble borderline expliqué aux proches, Editions Odile Jacob, 2021. Ce livre fait suite à ses deux ouvrages antérieurs : Psychothérapie du trouble borderline, Editions Elsevier Masson, 2019 (en collaboration avec Véronique Brand-Arpon) et Borderline. Cahier pratique de thérapie à domicile, Editions Odile Jacob, 2017 (également en collaboration avec Véronique Brand-Arpon).

Qu’est-ce que le « trouble borderline » ?

Un article du Dr Ducasse, qui va être publié en juin de cette année par le NAMI (National Alliance of Mental Illness), la plus grande association de santé mentale des Etats-Unis, qualifie le trouble borderline comme un « miroir grossissant » de notre fonctionnement humain ordinaire. Le trouble borderline, par ses extrêmes, met en lumière nos dysfonctionnements psychologiques ordinaires.

C’est une maladie psychiatrique, répertoriée dans la classification DSM (Diagnostic and Statistical Manual, classification américaine), qui regroupe l’ensemble des maladies psychiatriques. C’est un trouble de la personnalité, dans lequel le problème central est relationnel.

C’est une addiction relationnelle. Elle est la conséquence d’une erreur fondamentale (commune à tous les êtres humains) qui est une identification incorrecte de soi, définie en psychologie bouddhiste, comme l’ignorance de la saisie d’un soi. Habituellement, quand on pense à nous-mêmes, spontanément, notre sentiment d’identité est basé sur un sentiment de séparation intrinsèque. Nous nous percevons tous comme des îlots indépendants. Nous nous ressentons comme séparés les uns des autres, et également séparés de nos propres expériences (dont nous nous ressentons comme un possesseur indépendant : « MES pensées », « Mes émotions »). Sentiment de séparation de tout.

Ce sentiment de séparation donne naissance à un vide existentiel, souffrant, semblable à un manque. Une détresse. Nous nous ressentons comme « ici », alors que les expériences tant désirées de satisfaction, de sécurité et de se sentir valable en tant que personne seraient… là-bas !

Cependant, comme un « Moi je » intrinsèquement existant, indépendant, n’existe pas, cette représentation de soi dysfonctionnelle génère une insatisfaction constante. Nous pouvons constater que nous vivons la plupart du temps dans un état de tension constante vers quelque chose « là-bas » qui nous permettrait de nous sentir enfin bien. Ceci nourrit un sentiment incontrôlé de dépendance, de limitation, voire de désespoir… conduisant à la croyance que la préoccupation de soi (c’est à dire la préoccupation de ce « Moi je » séparé qui nous apparaît habituellement) doit être prioritaire. L’addiction à vouloir satisfaire un tel « Moi je » séparé est appelé en langage scientifique : addiction ontologique (et samsara en langage bouddhiste).

Cependant, un tel « Moi je » séparé est introuvable lorsqu’on le recherche par l’investigation en méditation. Car il s’agit d’une hallucination de nous-même qui n’existe pas du tout.

Mais comme nous prenons spontanément pour existant une telle perception de nous-même, le sentiment d’insatisfaction chronique qui en découle nous conduit à rechercher à l’extérieur ce qui nous manque.

Dans le cas du trouble borderline, l’objet extérieur sera une relation proche. Le point clé est le suivant : je vais voir dans l’autre, l’objet qui va pourvoir combler mon vide intérieur, et donc je développe une addiction à l’autre, avec une idéalisation de la capacité de l’autre à m’apporter un sentiment de satisfaction durable. Mais comme l’autre n’a pas la capacité de répondre à de telles attentes, ceci va engendrer de nombreuses déceptions. Comme dans toute addiction, il y a un aspect obsédant et compulsif, qui est dans ce cas centré sur une relation proche.

D’où des changements fréquents dans le rapport à l’autre, une instabilité, qui se traduit par de l’hyper-investissement affectif lorsque je conçois l’autre comme la solution à mon vide existentiel, alternant avec la dévalorisation (reproches, éloignement…) lorsque l’autre n’est pas à la hauteur des attentes.

Le trouble borderline se traduit par une propension à la dépendance à la proximité relationnelle, afin d’assurer un sentiment de satisfaction (« shoots agréables induits par la connexion affective »), de sécurité, et de valeur (à travers un regard positif de l’autre sur soi, une place particulière importante dans la vie de l’autre).

Or : si je dépends de l’autre pour me sentir bien, j’ai peur de perdre : c’est la peur de l’abandon. J’ai peur que l’autre me laisse tomber, m’aime moins, se désintéresse de moi, s’éloigne. D’où des efforts effrénés pour éviter l’abandon.

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